Le conseil municipal de Versailles a approuvé, le 24 novembre 2011, la révision de son Plan Local d’Urbanisme (voir les précédents articles consacrés à cette question). La municipalité persiste donc dans son projet visant à substituer à l’urbanisation légère et réversible des terrains affectés à l’armée, qui demeuraient propriété de l’Etat, une urbanisation irréversible tant par sa cession au privé que par son importance.
Le délai de recours contre le PLU s’achèvera à la fin du mois de janvier. Force est de constater que bien peu d’associations ont manifesté, pour l’heure, une intention d’agir contre celui-ci, et que la presse reste curieusement atone (à l’exception du Journal des Arts ) devant ce qui pourrait être l’un des plus grands scandales patrimoniaux de la décennie. La Mairie, de son côté, s’emploie à nier cette réalité.
Le leurre de la « ville jardin »
Des aliénations anarchiques, une protection aléatoireLa beauté de Versailles tient beaucoup à sa situation entre ville et campagne. Qui n’a éprouvé, en visitant le Domaine, ce
passage soudain d’un univers minéral, capitale administrative sous l’Ancien Régime tournée vers Paris, à un univers végétal, celui des chasses et autres plaisirs royaux ? Ces deux mondes
s’opposent, à Versailles, de manière absolue. Rappelons que Louis XIV fit détruire les quatre villages subsistant dans son parc (Chèvreloup, Trianon, Choisy-aux-Bœuf et
Satory) situés, pour trois d’entre eux, aux emplacements où l’on souhaite aujourd’hui construire. Le maire, François de Mazières, tente de brouiller cette conception
particulièrement claire en prétendant que Versailles est une « ville jardin », ce qui est historiquement faux (ill. 1), et en soutenant que nature et ville ne s’opposent pas. C’est le concept de « nature urbaine » qu’il
développe notamment à la Cité de l’architecture et du patrimoine qu’il préside. Ainsi, construire des bâtiments « HQE » (à Haute Qualité Environnementale) autoriserait toutes les
atteintes portées à l’environnement. On confond ici le respect presque théorique de la nature (rejeter moins de CO2) et celui d’une nature concrète. Or, il est évident que construire des
immeubles à 4 niveaux dans le parc de Versailles, générant trafic automobile, parkings, lumières nocturnes et nuisances sonores dégradera son environnement « réel ».
La situation du parc sera bientôt, si l’Etat ne s’y oppose pas, comparable à celle qui était la sienne
après les aliénations Révolutionnaires. On connait le patient et couteux travail accompli par Napoléon pour reconstituer l’ancien parc dans l’enceinte bâtie pour Louis XIV . C’est
l’œuvre inverse qui est aujourd’hui accomplie, symbole fâcheux mais révélateur.
Le démantèlement concerne également les anciennes dépendances bâties du Château. On réalise ainsi qu’après l’ancien Garde-Meuble de Louis XVI à Versailles, prolongeant les bâtiments de l’hôtel Pompadour affecté à l’EPV , c’est l’ancienne Surintendance des Bâtiments du roi (ill. 2), qui abritait l’essentiel des collections de peintures de la Couronne (ill. 3), qui sera partiellement vendue en janvier 2012 . Pourquoi ces bâtiments historiques ne seraient-ils pas affectés à l’EPV pour y loger ses personnels afin d’éviter la construction de HLM, voulue par Jean-Jacques Aillagon, dans le parc classé ? L’aliénation-urbanisation, à l’extrémité de la perspective royale, des terrains de Pion - cédés sur les instances de la commune, le 16 décembre dernier, à l’Etablissement public foncier des Yvelines (EPFY) - n’est pas plus réfléchie.
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