Le second artiste que j'aimerais évoquer est Tony Cragg. L'oeuvre qu'il présente au parc est une sculpture de fonte intitulée Les Gastéropodes.
Contrairement à la plupart des sculptures du parc, celle-ci a fait partie d'une exposition précédente. Son emplacement était provisoire, il est maintenant
définitif. Il s'agit de pièces en fonte, représentant des coquillages agrandis, jouant avec les changements d'échelle et donnant une autre identité à l'objet représenté. Des étuis
d'instruments de musique sont placés dessous, l'ensemble tendant à s'enfoncer dans le sol progressivement. Le changement d'échelle donne libre cours à l'imaginaire et permet d'y voir
également des sortes de tortues, d'étuis à fusil...
Gastéropodes, 1988, Kerguéhennec
fonte, six éléments
0,56 × 2 × 1,90 m
collection
Fonds Régional d’Art Contemporain Champagne-Ardennes
Cette sculpture m'a beaucoup plu; j'avoue que je n'y vois pas vraiment des gastéropodes, mais plutôt des "laves en coussins" comme il s'en forme au fond des
océans. Lorsque j'ai pris les photos supra, le temps était à la pluie : ça ne gâte en rien l'oeuvre de Cragg, qui devient alors toute luisante. Franchement, avec l'herbe verte autour, je
trouve cela très original. Vue de loin, la sculpture intrigue, car on se demande ce que c'est; la curiosité fait faire le déplacement : c'est aussi une façon d'inciter le visiteur à parcourir
le parc.
Mais qui est Tony Cragg ?
Le sculpteur britannique
Anthony Douglas Cragg, dit Tony Cragg, naît à Liverpool le 9 avril 1949. Il porte un intérêt tout particulier au monde industriel et aux produits qui en résultent. Représentant de la nouvelle
sculpture, l'oeuvre de Tony Cragg s’articule autour de l’objet.
Tony Cragg commence à travailler en 1966 comme technicien dans un laboratoire de recherche sur le caoutchouc naturel. Il y reste deux ans pendant lesquels il se
découvre un intérêt pour l’art. Il commence à dessiner et à observer les objets autour de lui.
Tony Cragg étudie au Gloucestershire College of Art and Design, à Cheltenham, de 1969 à 1970, à la Wimbledon School of Art, de 1970 à 1973, et au Royal College of Art de Londres, de 1973 à
1977.
Dans les années 1970, Tony
Cragg collecte des détritus, des cartons d’emballage, des matériaux industriels usagés, des objets de bois, des plastiques colorés... et les installe au sol en de grandes compositions
colorées. Il détourne ainsi les déchets de la société de consommation et s’applique à un travail de recyclage formel qui s'organise, notamment, selon des critères de couleurs ou de familles.
Déchets et objets récupérés constituent alors une sorte d’archéologie contemporaine. De la décharge au lieu d'exposition, prédomine l'idée de "faire avec du rien." Tony Cragg travaille sur la
fragmentation et la "re-composition" des formes.
Tony Cragg privilégie le
plastique parmi les rebuts de la société de consommation. Pour l'artiste, le plastique peut être vu de diverses manières : comme un déchet, comme une matière intéressante dans le contexte de
l’art, comme une matière à la surprenante vitalité ou enfin comme une allégorie.
En 1978, Tony Cragg montre pour la première fois à Paris, dans l’exposition JA-NA-PA, une pièce constituée de morceaux de plastique peints arrangés au sol. Sa
première exposition solo se déroule en 1979.
A partir de 1984, ses installations-collages, dessins-sculptures, se présentent aussi comme des peintures murales. Il recouvre des objets ou des meubles de
particules de plastique.
Unscharferelation, 1991
Tony Cragg reçoit de nombreux prix. Il est notamment lauréat du prix Turner à Londres en 1988. La même année il représente la Grande-Bretagne à la Biennale de
Venise. Il reçoit le prix Shakespeare de la F.V.S-Stiftung en 2001, puis le prix Piepenbrock de sculpture en 2002.
L'oeuvre de Tony Cragg
est visible dans les collection des plus grands musées, tels le Musée National d’Art moderne de Paris et la Tate Modern de Londres.
Fruit Bottles, 1989 (en acier, 7 éléments)
Eroded Lanscape, 1998 (verre dépoli)
Tony Cragg, source :
dossier de presse 'Inauguration de la sculpture Point of view de l'artiste Tony CRAGG"
Samedi 17 novembre 2007 - Quartier Port Marianne Montpellier
Lorsqu'on pénètre dans le Domaine, en montant vers le château qu'on ne voit pas encore, la pièce d'eau en contrebas & à main droite présente une oeuvre
originale, la première que l'on découvre d'ailleurs, que l'on ne peut pas louper puisqu'elle est orange vif !
Parcours flottant n°1 et
2, 1986, Kerguéhennec
résine polyester moulée et peinture polyurétane
0,80 × ø 4 m
commande de l’État
Fonds national d’art contemporain
Il s'agit d'une oeuvre de Marta Pan, mon (ma) troisième artiste. On l'explique ainsi : deux formes simples et complémentaires flottent à la surface de l'étang, de part et d'autre de la digue.La première sculpture, fermée en boucle est constituée de
deux éléments qui se lovent l'un l'autre.
La seconde, au contraire, est déroulée.
Ces signes qui appartiennent au monde organique ont été transformés par l'artiste. Ils s'inscrivent dans le paysage même s'ils n'en proviennent pas
directement.
Je serais personnellement tenté de lui appliquer en la détournant la fière devise de la ville de Paris : "Fluctuat, nec mergitur", elle flotte & ne coule pas
! L'oeuvre, pour ceux qui ne l'auraient pas compris, se déplace dans la pièce d'eau... Moi, ça me fait penser à une "causeuse", un canapé pour être bien installé & pouvoir discuter... au
fil de l'eau. En plus, vu de la berge, ça a l'air assez confortable... Non, je ne l'ai pas testée !
Après ses études à l'Ecole des Beaux-Arts de Budapest, Marta Pan arrive à Paris en 1947.Elle épouse en 1950 l'architecte André Wogenscky avec lequel elle aura la possibilité de confronter sa création à l'échelle de
l'architecture. Elle produisit alors ses premiers dessins d'architecture puis rencontrera de "grosses pointures" de l'époque, comme Gropius en 1953 ou encore Niemeyer à Brasilia en 1959.
En 1952, dans sa première exposition personnelle, elle inaugure son cycle
Charnières, sculptures en éléments qui s'imbriquent dans des formes déjà pures et souples. Elle apprend à travailler le bois et présente en 1954 Ebène, Buis et Phillipine, puis en 1956, Teck,
sculpture articulable en deux parties pivotantes qui inspire un ballet au chorégraphe
Maurice Béjart. Teck est l'aboutissement de ce premier
cycle Charnières qui traite de la représentation de la dualité des éléments indépendants qui
trouvent leur sens dans la complémentarité...
En 1957,
les Équilibres commencent avec Balance formé d'un
couple d'éléments pivotants. Autre chorégraphie de Béjart en 1959 sur « équilibre pour un ballet ».
Avec Sculpture
flottante (1959-1960), pour le parc de Kröller-Muller à
Otterlo, elle
réalise aussi le plan de l’étang, des pelouses, allées et clairières où sont installées les autres sculptures. Otterlo est sa première œuvre monumentale. Le mouvement est un élément
constitutif de l'œuvre de Marta Pan. Elle recourt au mouvement naturel, comme Alexander Calder, dans ses différents états d'équilibre.Une autre sculpture flottante est installée à
Central Park NY. En parallèle, les cycles se succédent : Cylindres, Mercure, Cônes, Lentilles.
En 1970, elle sculpte les 50 poignées de portes du Musée des Arts & Traditions Populaires de Paris.
Une Réalisation originale pour les élèves en 1973 ou "l'Art au collège - lycée"
:
L’architecte Jean DUBUISSON, qui a conçu les bâtiments du lycée d’Etat mixte (dit : LEM),
avait pensé, dans le cadre du 1% consacré aux œuvres d’art, à proposer à l’Etat un projet de Marta PAN. Celle-ci, après une première visite dans l’établissement, pense immédiatement que ce
n’est pas une sculpture que les élèves attendent. Elle a envie de créer une œuvre moins traditionnelle, différente, appelant la participation. On est alors en 1967…
Il faudra attendre 1973 pour voir le labyrinthe terminé. Il remporte un grand succès auprès des
élèves, particulièrement auprès des plus jeunes, pour qui c’est un lieu de jeu en même temps qu’un refuge (à cette époque, le lycée était aussi un collège).
« Pour les uns, il devient le site de tous les événements et erreurs possibles, site
d’angoisse et de fuite. Pour d’autres, il prend la forme d’une coquille enveloppante, protectrice contre l’inconnu du dehors », dit Marta PAN.
Cette définition semble très bien s’adapter à ses
utilisateurs qui disposent ainsi d’un petit monde bien à eux, rares sont les adultes à en franchir le seuil.
Le Labyrinthe au Lycée public Mme de Staël de Montluçon
En 1974, c'est la Fontaine de la Place des Fêtes, toujours à Paris.
En 1979, le Patio-Fontaine, au 26 rue des Champs Elysées (encore Paris), puis c'est Brest avec le grand projet urbanistique de la rénovation de la rue de Siam.
On retrouve ses sculptures & ses arcs immenses non seulement en France, mais encore en Italie (Rome), en Angleterre (Londres) & au Japon (place du nouvel hôtel de ville de Tokyo). Ce
dernier pays lui a commandé plus d'une trentaine d'oeuvres.
Nommée Commandeur des Arts & Lettres en France en 1994, elle obtient en 2001 le Premium Imperial à Tokyo, sorte de "prix Nobel" des Arts, avec Jean Nouvel & Arthur Miller.
Sphère coupée, 1998 (marbre)
Depuis sa première sculpture flottante, Marta Pan a réalisé de nombreuses sculptures monumentales intégrées dans l’architecture pour des
espaces publics et urbains comme La
Perspective de Guyancourt dans les
Yvelines.
Voilà : mon tour d'horizon se termine. Mais d'autres artistes exposent à Kerguéhennec. Vous pouvez, mes chers amis, les découvrir par vous-mêmes en menant à
votre tour l'enquête...
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