Une église non loin de Lorient mérite le détour : celle de Merlevenez, au diocèse de Vannes. Une visite
s'impose en prenant comme guide la Bretagne romane des
éditions Zodiaque (Coll. La Nuit des Temps, éditions de La pierre-qui-Vire, 1982), aux pages 57-58. Je cite :
Vue générale
"L'église de Merlevenez se présente à nous comme un édifice ayant conservé une partie de sa construction sans doute antérieure au milieu du XIème siècle : le mur nord du croisillon.
La plus grande partie de la nef, du transept & du choeur daterait du XIème siècle. La croisée du transept, les piliers de la nef portent la
marque du XIIème siècle.
Aux XIVème & XVème siècles, quelques modifications ont été apportées & le clocher construit.
Merlevenez se trouvait dans la "poche de Lorient" au cours du dernier conflit mondial. Les parties hautes de l'église & le clocher du
XIVème en furent les victimes. Celui-ci a été reconstruit à l'identique & présente une belle flèche de pierre à huit pans.
De plus, les restaurations entreprises sous la direction des Monuments historiques ont permis de reconnaître certains aspects de la construction
romane, voilés par des remaniements ou des badigeons.
L'édifice est en forme de croix latine avec une nef de cinq travées, un transept dont le carré a reçu une voûte d'ogives sur trompes, un choeur
rectangulaire à chevet plat. Deux petites chapelles carrées ouvrent sur les murs Est des croisillons.
Le croisillon sud présente, sur son mur occidental, une particularité assez curieuse. Trois arcades en plein cintre, dont deux sont aveugles, &
la troisième donne accès au bas-côté correspondant, reposent sur des colonnettes surmontées de chapiteaux sculptés de masques rigides assez barbares, traités avec une certaine stylisation
tranchant nettement sur l'ensemble des sculptures de l'église.
Ces arcatures soutiennent un massif de maçonnerie bordé à sa partie supérieure par un boudin continu coupé par un large corbelet assez épais. Il
semble que cette disposition ait été réalisée pour servir d'appui à une tribune mais rien ne vient en confirmer l'existence.
Les hautes arcades de la nef, en tiers point, à double rouleau non mouluré, retombent sur des piles cruciformes cantonnées de colonnes engagées sur
leurs quatre faces. Les colonnes qui font face à la nef & au collatéral montent jusqu'à un gros boudin longitudinal courant tout le long de la nef. La partie saillante de la pile carrée monte
elle-même jusqu'à ce niveau. Des chapiteaux épousant la forme de chacun des éléments les surmontent & leur décoration est traitée en continu, donnant ainsi à l'ensemble la forme d'un
pilastre.
Chapiteau de la nef
Le carré du transept est formé de puissantes piles qui reçoivent les arcs sur de hauts chapiteaux à décoration stylisée uniquement végétale, & à tailloirs moulurés.
Le choeur, profond, est terminé par un chevet plat où la période gothique a ouvert une très belle fenêtre qui, heureusement, n'a pas eu à souffrir
des bombardements.
On ne pourra qu'être sensible à l'harmonie intérieure de cette très belle église qui semble bâtie d'un seul jet.
La sculpture des chapiteaux est tout à fait particulière & semblable en tout point à celle de la collégiale Saint-Aubin de Guérande : même
disposition, mêmes sujets, même style. Par contre, on ne retrouve aucun des motifs si traditionnels dans les églises bretonnes romanes.
A Saint-Aubin de Guérande comme à Merlevenez, cette sculpture s'apparente aux réalisations de l'école poitevine-saintongeaise dont
Aulnay-de-Saintonge offre un bel exemple.
Le martyr de saint Simon sur sa roue & de saint Laurent sur son gril se retrouvent aux chapiteaux du beau portail méridional.

Martyr de saint Simon, Merlevenez
Atlantes traités avec finesse, acrobates, châtiments des vices, sirène déployant les tresses de ses cheveux, alternent avec des masques tirant la
langue ou vomissant des serpents, des rinceaux de rubans perlés, quelques sujets du zodiaque, des animaux.
Extérieurement, la façade & deux porches du côté Sud retiendront surtout l'attention.
Très classiquement bretonne, la façade occidentale, à pignon plat & aigu présente quatre contreforts dont les deux médians s'amincissent en
s'élevant selon les retraits du mur. Ils encadrent un porche en légère avancée couronné d'un fronton triangulaire. Ce portail est composé de quatre voussures dont la plus extérieure est en plein
cintre alors que les arcs des trois autres se brisent insensiblement pour arriver à l'arc nettement en tiers-point de la plus intérieure. Les piédroits ont leurs angles arrondis en colonnettes
& sont surmontés d'une collerette de petites feuilles sous un tailloir continu. Dents de scie, fleurs à quatre pétales, bâtons rompus ornent successivement les voussures. Une tête assez
frustre & difficilement identifiable est sculptée au sommet du fronton.
Le premier portail de la face méridionale, dit "portail des femmes", est d'un très pur dessin roman. En plein cintre, encadré d'une triple voussure
formée de deux grosses moulures torique, l'arc repose sur deux chapitaux surmontant de courtes colonnes rondes. Le deuxième portail donne entrée sur le mur Sud du transept. Il est sans conteste
le plus beau des trois & a reçu le nom de "portail royal".

Portail royal
Ses quatre voussures en tiers-point présentent la même ornementation que celui de la façade : bâtons rompus, dents de scie, fleurs. Les chapiteaux
sont animés de personnages divers & de masques. A droite, saint Laurent repose sur son gril & les démons activent le brasier. A gauche, c'est saint Simon sur sa roue & deux diablotins
aux extrémités d'une scie dite "harpon" vont commencer leur travail de scieurs de long.
Portail royal : saint Laurent sur son gril
Ce portail, en légère avancée, est surmonté par une sorte de corniche soutenue par des modillons dont quelques-uns sont restés en place.
Réalisée dans un granit à gros grains de la région, très friable, cette oeuvre est malheureusement vouée à subir tous les effets des pluies chargées
d'embruns venant du large.
Avant de terminer signalons que des pierres tombales, découvertes dans le croisillon Sud ont été placées verticalement contre les arcatures
aveugles. Il semble qu'on puisse les dater du XIIème ou XIIIème siècle & qu'elles soient d'origine templière.
Un bénitier, de forme allongée, creusé dans la corbeille d'un chapiteau roman porte, de part & d'autre de deux bâtons en relief, des croix
légèrement pattées que l'on dit croix templières".
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