Petit milieu prisé et prestigieux, le monde du
patrimoine et du commerce de l'art fait rêver par ses métiers et ses lieux d'exception. Un monde où beaucoup d'argent circule, mais où l'on se fait discret sur ses revenus !
Dans ce réseau où se croisent marchands d'art, conservateurs de musée, antiquaires, restaurateurs
d'art et commissaires-priseurs, on trouve nombre d'amateurs pour peu d'élus.
Principale voie pour y accéder, la filière patrimoniale (musées, monuments historiques, archéologie, bibliothèques, archives) passe,
tradition française oblige, par les concours du ministère de la Culture. Ici, pas de surprise, la grille des salaires est balisée : selon la catégorie (A, B ou C), les salaires annuels de
départ sont compris entre 15 000 et 20 400 €, hors primes.
Alternative : se lancer dans l'aventure des entrepreneurs privés, marchands d'art ou restaurateurs. Courage et culot, solides
connaissances en histoire de l'art et carnet d'adresses bien fourni sont de rigueur si l'on veut s'assurer de confortables revenus. Car, malgré un niveau d'études souvent élevé (bac+3 ou
bac+5), les contrats à durée indéterminée sont rares en début de carrière et les artisans doivent souvent se contenter de l'équivalent du SMIC avant de se constituer une clientèle
solide.
Une fois avertis, les plus passionnés sauront tirer leur épingle du jeu. Deux bonnes nouvelles toutefois : l'ouverture au secteur
privé de la vente aux enchères des objets d'art depuis 2000 a changé la donne et, d'ici dix ans, les départs à la retraite des fonctionnaires du ministère de la Culture seront
nombreux.
Le
métier de conservateur du patrimoine
|
Si le conservateur de musée est le plus médiatique, il existe 5
autres catégories de conservateurs du patrimoine, tous fonctionnaires. Sécurité de l'emploi et contact avec des collections prestigieuses garantis, mais les places sont (très) chères,
et les candidats nombreux.
|
Débuter autour de 20 400 € par an
Dans l'administration, la grille des salaires bruts hors primes
(nommés " traitements ") est balisée : agent de l'État ou de la fonction publique territoriale, un conservateur du patrimoine commence à 20 400 €.
Six spécialités
Musées, inventaire et monuments historiques, archéologie, archives,
patrimoine scientifique, technique et naturel, les conservateurs du patrimoine sont sur tous les terrains. Leur mission est double : protéger et diffuser les trésors patrimoniaux. A la fois
chercheurs, restaurateurs, médiateurs, gestionnaires et managers, ils officient partout où sont conservées des collections.
Un concours et une carrière
Pour
accéder à cette profession très convoitée, il faut réussir le concours de l'Institut national du patrimoine (INP) après une licence (mais nombre de candidats ont un bac+4 ou un bac+5). Les candidats issus de la prestigieuse École nationale des Chartes
(en trois ans après deux années de prépa !) bénéficient, pour y entrer, d'un concours réservé (sur titres et entretien) dans la spécialité archives. A la sortie de l'INP, suivant leur
spécialisation, les conservateurs sont titularisés et nommés à un poste précis ou bien inscrits sur une liste d'aptitude dans l'attente d'être recrutés par une collectivité
territoriale.
Le concours de l'INP est très sélectif : chaque année, plus de 1 000
candidats se présentent pour seulement une trentaine de places...
Le
restaurateur d'art
|
Cet artisan aux mains d'or et souvent fin connaisseur de
l'histoire de l'art est installé à son compte dans 90% des cas. Depuis la loi musée de janvier 2002, seules quatre formations permettent d'intervenir sur les collections appartenant
aux musées, ce droit étant à partager avec les rares privilégiés qui ont réussi les concours du ministère de la Culture.
|
Un salaire très variable
Selon la valeur des biens qu'il restaure, l'ampleur de son carnet
d'adresses et sa façon de le gérer, le restaurateur d'art gagne plus ou moins bien sa vie. D'après la Fédération française des conservateurs-restaurateurs, le chiffre d'affaires annuel
moyen se situe autour de 45 000 € - soit 19 000 € de bénéfice après déduction des charges. Dans la fonction publique, un chef des travaux d'art (niveau licence) débute à environ 18 800 €
par an (hors primes) et un technicien d'art à 15 650 €.
Manuel et historien
Spécialisés dans un domaine (marqueterie, tapisserie ancienne,
peinture...), les restaurateurs d'art ont pour mission de prolonger l'existence des oeuvres ou objets d'art en luttant contre leur vieillissement ou leur détérioration. Artisans isolés ou
regroupés dans de grands ateliers, ils jonglent avec le savoir-faire traditionnel, l'histoire de l'art et les technologies de pointe (physique, chimie...).
Selon les
spécialités, un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) ou un brevet
des métiers d'art (BMA), éventuellement
complété par un diplôme des métiers d'art (DMA), peuvent
permettre d'exercer comme restaurateur pour une clientèle privée (galeries d'art ou particuliers).
Le métier de
commissaire-priseur
|
Depuis 2001, les commissaires-priseurs ont perdu le monopole de
l'organisation des ventes publiques. Les ventes volontaires sont désormais confiée à des maisons d'enchères privées, y compris étrangères : la concurrence fait rage
!
|
Rémunéré sur le vendeur et l'acheteur
Pour une vente judiciaire (objets saisis), que seul un
commissaire-priseur peut diriger, le vendeur lui cède au minimum 5% (hors taxe) du prix "marteau" (prix de l'enchère) et l'acheteur lui en verse au moins 12%. Pour les ventes volontaires aux
enchères publiques (à la demande d'un particulier), les tarifs sont libres... Pour résumer, plus on vend, plus on gagne !
Un métier en pleine mutation
La plupart des commissaires-priseurs ont une double casquette et sont
à la fois commissaires-priseurs judiciaires et gérant d'une société de vente volontaire. Dans les deux cas l'essentiel des missions est identique : procéder aux inventaires des objets qui
vont être mis aux enchères, les estimer et fixer un prix de départ, préparer les catalogues et installer la vente (à Drouot pour Paris ou à l'hôtel de ventes en région). La petite
"révolution" de 2001 est ailleurs : pour les ventes volontaires, obligation est désormais faite d'exercer au sein de sociétés commerciales - et non plus d'études - ayant reçu l'agrément du
Conseil des ventes volontaires. De quoi bousculer des habitudes vieilles de cinq siècles...
Une formation balisée
Chaque année, une vingtaine de jeunes diplômés sont nommés
commissaires-priseurs. La formation est ouverte aux titulaires d'une double licence en droit et en art (histoire de l'art, arts appliqués, archéologie ou arts plastiques). Il faut avoir
validé une licence complète dans un domaine et deux année dans l'autre. Pour décrocher le titre, 3 étapes sont à franchir :
-
Un examen d'accès au stage.
-
2 années de stage - dans une étude - rémunérées au
SMIC.
-
Un examen de sortie pour être mandaté comme officier ministériel ou
un certificat de bon accomplissement de stage pour exercer uniquement en vente volontaire. Des informations sont disponibles auprès du Conseil des ventes volontaires de meubles aux enchères
publiques.
Des informations sont disponibles auprès du Conseil des Ventes des
Meubles aux Enchères Publiques.
Pour accomplir des ventes judiciaires, il faut soit acheter une "étude" (à partir de 150 000 € à
Paris), soit commencer comme collaborateur ou assistant dans une étude.
Culture
: des concours aux emplois
|
En France, la culture reste très liée à l'Etat. C'est donc
par des concours que s'ouvrent les portes des plus prestigieux lieux culturels français : musées, bibliothèques, théâtres nationaux et associations sous tutelle (Festivals de Cannes,
d'Avignon...).
|
Le ministère de la Culture
Du
conservateur au restaurateur d'art, le ministère de la Culture organise, dans certains cas via une grande école, une trentaine de concours externes de niveau troisième à bac+4. Moins de la moitié ont une périodicité régulière, et
tous ont en commun d'offrir très peu de postes. Les lauréats sont affectés dans les services centraux (situés à Paris), dans l'une des 28 Directions régionales des affaires culturelles
(DRAC) ou dans
les établissements publics (Louvre, BNF, écoles d'architecture...).
Les collectivités territoriales
Une
dizaine de concours de la filière culturelle (dont bibliothécaire et attaché territorial de conservation du patrimoine), du niveau troisième à bac+4, sont gérés par
le CNFPT (Centre National de la Fonction Publique Territoriale).
S'y préparer
Le
Centre national d'enseignement à distance (CNED) offre des
préparations aux concours de catégorie A (après une licence), B (après un bac), C (sans le bac), par correspondance. Il faut compter entre 150 et 300 € selon les préparations. Certaines
universités, comme Paris 1, Paris 4, Rennes 2 et Lille 3 ainsi que l'École du Louvre (pour 364 €) préparent, après la licence, au concours de conservateur, en un
an.
La plupart des concours organisés sont de catégorie A ou B. Une fois en
place, des concours internes permettent d'évoluer, et surtout d'être aux premières loges pour les ouvertures de postes.
Diplômes pour professions culturelles
|
Conservateur, bibliothécaire, commissaire-priseur ont leurs
écoles accessibles sur concours. Mais la plupart des autres professionnels peuvent se former à l'université ou dans des écoles privées et décrocher une licence (au minimum) ou un
master (le plus souvent).
|
L'Université
Pour travailler dans le domaine du patrimoine et de la culture, un
cursus universitaire en histoire de l'art s'impose. La licence permet de tenter les différents concours. Ensuite, l'Université propose plusieurs masters recherche professionnels dans les
métiers du livre ou en gestion de projets culturels. Avantage de la formule, les frais d'inscription y sont unifiés. Ils sont pour l'année 2010/2011 de :
-
171 € pour les niveaux conduisant à la
licence,
-
231 € en master,
-
350 € en doctorat.
Les écoles
À
côté des grandes écoles de la fonction publique (INP, ENSSIB...), qui
mènent essentiellement au métier de conservateur, l'École du Louvre propose 3 cycles très prisés dans le milieu des marchands d'art et une excellente préparation au concours de
conservateur. Le premier cycle, de trois ans, est accessible aux titulaires du bac qui ont réussi un "test probatoire" de culture générale organisé par l'école (coût : 55 €). Les frais de
scolarité sont de 320 € en premier cycle, de 486 € en deuxième cycle et de 166 € en troisième cycle.
Une poignée d'écoles privées offrent des formations spécialisées en commerce de l'art ou
management culturel. Citons l'Institut d'études supérieures des arts (IESA), l'Institut supérieur des carrières artistiques (ICART) et Formaculture, à Bordeaux. Toutes proposent trois ou
quatre ans d'études après le bac pour environ 6 000 € par an. À signaler enfin, le mastère spécialisé en management des entreprises culturelles de l'École supérieure de commerce (ESC) de
Dijon. Coût : 8 000 €.
Certains métiers exigent des formations très balisées. Il faut donc se méfier des intitulés
fourre-tout
du type "médiation culturelle" et bien se renseigner sur les véritables
débouchés.
Profession : expert(e) en objets
d'art
|
Isabelle, 30 ans, expert en argenterie chez Christie's Paris, a
choisi le secteur privé. Une façon pour elle de miser sur l'avenir et de s'assurer des revenus confortables, proportionnels au nombre de transactions qu'elle
assure.
|
Pourquoi n'avoir pas suivi votre vocation initiale, devenir
commissaire-priseur ?
"J'ai misé sur l'ouverture du marché de l'art en France, sachant
que le monopole des ventes finirait par tomber. Grâce au programme Erasmus, j'ai validé une double maîtrise de droit à la Sorbonne et à Londres. Puis j'ai posé ma candidature au Royal College
of Art, pour un mastère en
histoire du design. Je m'y suis spécialisée en argenterie. Au final, j'ai quand même effectué 6 années d'études après le bac".
Avez-vous fait des stages à Londres ?
"Un stage de 5 mois au Victoria Albert Museum pour la réorganisation du département argenterie, et un job dans une galerie
de design des années 60. Parallèlement, je constituais des dossiers d'archives pour les clients de la Silver Society. En 1997, quand Christie's m'a recrutée, j'avais déjà une bonne réputation
et j'étais parfaitement bilingue".
En quoi votre quotidien consiste-t-il ?
"Je prépare les ventes de Londres, Monaco et New York, et aujourd'hui Paris. En amont, je démarche des restaurateurs et je
me déplace pour des expertises, chez les particuliers. J'établis ensuite les catalogues et j'envoie les objets à vendre. Dans mon domaine, contrairement à la peinture, il y a peu de
spéculation : les acheteurs sont tous des collectionneurs".
Derniers Commentaires